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Cécile DUFLOT : discours Université de rentrée Un Monde d’Avance

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le transcript du discours

Chers amis,

J’en ai beaucoup et j’espère en avoir Je suis dans ma période de liberté qui me permet de dire avec franchise ce que j’estime être mon devoir de femme politique.

D’abord, c’est un honneur tout particulier d’être ici avec vous. Cela fait beaucoup d’années que je suis vos rencontres, que je connais beaucoup d’entre vous, et pourtant, je n’ai jamais pensé auparavant que ma place était ici.

Vous formez un courant du PS. J’étais la SN d’un autre parti. Chacun dans son rôle.

Pourtant si l’on regarde les choses, cela fait longtemps que nous travaillons ensemble. Avec beaucoup d’entre vous que j’ai appris à connaître, avec certains avec qui nous nous sommes parfois frottés, voire affrontés, avec qui nous avons aussi mené, notamment lorsque nous étions dans l’opposition, des combats partagés. Et avec des sujets sur lesquels nous nous sommes mutuellement convaincus.

Je viens d’abord en voisine des Landes. Salut très amical à Henri Emmanuelli parce que je le dis, j’aime beaucoup ceux qui ne se reposent pas, ceux qui continuent à se battre pour leurs idéaux, ceux qui ne sont pas affadis par l’exercice du pouvoir et Henri Emmanuelli en fait partie.

Ça se mesure pas forcément en public mais ça se mesure quand un haut responsable de la Caisse des Dépôts ose dire un certain nombre de vérités.

Je voudrais aussi faire un clin d’œil à Stéphane Delpeyrat. Je suis heureuse de voir ceux qui ont pris l’habitude de me supporter, avec mon ancien collègue, Président du Groupe socialiste à la Région, Guillaume Balas étant donné les mois que nous avons passés à d’abord parfois polémiqué et ensuite à construire ensemble. A cette capacité de se contaminer mutuellement dans le bon sens. Un clin d’œil également à Fanélie, ma députée voisine avec qui nous travaillons et je l’espère, avec qui nous travaillerons encore longtemps à l’Assemblée Nationale.

Je ne vais pas passer mon temps de parole à remercier tout le monde mais je crois fondamentalement que la politique ne se fait pas avec des êtres désincarnés et je crois tout aussi fondamentalement que les liens que l’on tisse les uns avec les autres, la confiance que l’on peut s’accorder sont décisives.

Alors évidemment, c’est un vrai plaisir de te retrouver Benoît. Un vrai plaisir parce que nous ne nous sommes jamais vraiment quittés quoique. Je dois vous faire une confession. Cela fait plusieurs années que nous partageons et confrontons nos analyses. Et je me souviens de deux moments importants : d’abord un voyage de retour d’un procès à Amiens, celui des Conti, celui de Xavier Mathieu, un moment où toute la gauche était la pour le soutenir, des gens qui nous ont fait confiance. Et à chaque moment de responsabilité, c’est aussi à eux que je pense. A ceux et celles qui nous ont fait confiance lorsque nous étions dans l’opposition, qui comptaient sur nous au pouvoir. Nous ne pouvons pas ne pas regarder la réalité en face. Beaucoup d’entre eux sont plus que déçus et se sentent trahis. Il y a un autre moment : le 15 mars 2011. 4 jours depuis le début de Fukushima. Nous nous sommes lancés sur un débat passionnant sur le nucléaire. Ces discussions sont nécessaires et utiles. Je veux donc saluer devant vous un des ministres de la République qui s’est le plus battu pour que nous soyons fidèles à nos engagements, c’est le ministre qui a donné une loi cadre au tiers secteur, c’est celui qui a permis que l’Education Nationale conserve les moyens que nous avions promis.

Nous avons eu des divergences. Il serait idiot de les cacher : nous n’avons pas tirer au même moment la conclusion qu’il n’était plus possible, à l’intérieur du gouvernement, de faire bouger les lignes. Nous avons espéré, chacun de notre côté, que le conformisme et la pensée unique n’avaient pas déjà gagné la bataille. Pourquoi ? Nous avons grandi avec Thatcher = TINA C’est ça qu’on nous dit aujourd’hui et je veux le dire un peu tranquillement : si aujourd’hui au gouvernement certains considèrent, que la réduction du temps de travail n’est pas une conquête sociale, qu’ils viennent le dire ici où est né le syndicalisme. Je n’accepte pas qu’au début de 2014, on puisse dire que la régression des conquêtes sociales puisse être menée par un gouvernement de gauche. Ce n’est pas possible. C’est historiquement impossible.

Et ça n’est pas un effet de tribune. La conquête des droits sociaux vient de trop loin. C’est peut être plus facile pour nous aujourd’hui. Nous avons la possibilité de parler, d’agir, nous devons l’utiliser. Nous n’avons ni à nous glorifier, ni à nous rassurer, ni à nous tenir chaud en nous disant que nous avons raison. Nous devons agir ensemble. Pourquoi ? Parce que nous avons des devoirs envers les Français. Nous avons été, pendant 10 ans, dans l’opposition, nous avons combattu Nicolas Sarkozy pour faire gagner la gauche et les écologistes. Qu’est-ce que nous en avons fait ? Est-ce que quelqu’un ici imaginait 2 ans et demi après la victoire penser ressentir ce qu’il ressent aujourd’hui en temps que militant de gauche ? Est-ce que quelqu’un ici pensait que nous aurions pu dilapider autant d’espoirs si vite ? Autant d’espoirs patiemment construits ? C’est anormal, injuste, pour ceux qui nous ont fait confiance.

Alors, je veux vous dire aussi que je ne suis pas venue vous faire une leçon d’écologie. Mais je veux dire aussi que je suis une écologiste. Je veux le dire car souvent entre nous, le débat, ça a été de dire : « elle est sympa Duflot et ses morses mais ce qui compte c’est le chômage », spéciale dédicace à Henri H. Que la question du chômage et la question des morses qui n’ont plus de banquise, c’est la même question. C’est brutal mais pour moi c’est central. La situation dans laquelle nous nous trouvons, c’est celle d’un mode de développement, celui a prospéré pendant le 20ème siècle, qui n’est pas soutenable. Ce qui craque politiquement aussi aujourd’hui, c’est que tant les libéraux, que la social-démocratie classique n’ont un modèle qui fonctionne qu’avec 3% de croissance minimum. La croissance du PIB ne reviendra pas. Mais la croissance du bien-être, de l’emploi, celle du vivre-ensemble, celle là oui, nous pouvons y arriver.

Merci Benoît d’avoir dit dans ton discours que nous pouvons avoir un modèle intense en emploi et sobre écologiquement, qui ne court pas à n’importe quel prix pour la croissance du PIB.

Les écologistes ne doivent pas dire « nous avions raison depuis 30 ans, et c’est nous de décider tout seul ». C’est faux. (…)

Le dérèglement climatique, l’aggravation des phénomènes météorologiques, ça se passe ici et maintenant. Ça n’est plus une hypothèse, c’est une réalité. Ça se passe ici et maintenant. Est-ce que nous devons faire avec ? Oui. Est-ce que nous pouvons encore lutter contre le dérèglement climatique ? Oui aussi. Est-ce qu’il faut compter seulement sur les écologistes ? Non. C’est une demande, une prière que je vous fais. Nous avons besoin d’être plus nombreux pour construire cet avenir. Cet avenir, c’est celui de la justice sociale parce que personne ne pourra vivre avec 4°C de plus, alors qu’on peut vivre avec 4% de déficit. Voilà la vérité !

Alors, pour décider, il faut savoir. Et ce débat sur la croissance il faut l’avoir. Si nous avions d’autres indicateurs que le PIB, alors peut être que les politiques seraient plus à l’aise. Le PIB ne nous mène nul part s’il reste la seule grille d’analyse.

Nous trouverons toujours de sympathiques et sages docteurs que tout cela, c’est un problème de taux d’intérêt et qu’en libéralisant le tout, ça ira mieux. Que d’ailleurs l’encadrement des loyers est une très mauvaise chose. Bonne nouvelle, c’était l’hypothèse de Madelin en 86. Cela a-t-il marché ? Non. Mais en revanche, la leçon sur l’encadrement des loyers : une leçon politique, il faut de la volonté du courage. Ça dérange ? Oui. Mais je constate que si nous gênons et si ce sujet a tellement gêné, c’est pas seulement parce que les intérêts sont puissants, c’est peut être parce qu’il donne la leçon, qu’avec du volontarisme, avec l’envie de changer les choses, avec le refus du renoncement, c’est cette leçon là qui dérange, la leçon qu’on peut faire bouger les lignes. Et c’est une leçon très précieuse.

La leçon un peu amère mais extrêmement encourageante de ces deux années passées dans le gouvernement, c’est que si on veut, c’est possible.

Que si on veut effectivement porter le débat au niveau européen, sur le TSCG, sur le budget européen, c’est possible ! C’était possible !

Je crois que si tout le monde ressent ce sentiment d’immenses frustrations, c’est que les citoyens savent que c’est possible mais qu’ils ressentent, confusément, qu’un certain nombre de nos dirigeants politiques ne le veulent pas.

Ce qu’ils nous reprochent, ce n’est pas de ne pas réussir, c’est de ne même pas essayer.

Alors, pourquoi est-ce si important ? (…) Les inégalités se sont aggravés dans notre pays. Il y a peut être un tout petit peu moins de pauvres, mais ils sont encore plus pauvres. Les inégalités se creusent et nous sommes au pouvoir. Nous avons une responsabilité plus grande. Nous avons ce devoir de démontrer que c’est possible mais que nous avons envie de le faire.

Beaucoup de collectivités locales ont été en capacité de le montrer.

Pourquoi s’interdire de le faire au niveau national ? Que s’est-il passé ? J’ai entendu l’interview qui n’existe pas de François Rebsamen, les propos d’Emmanuel Macron, je vais vous dire et je vais le dire à François Rebsamen : si t’y crois plus François, si tout ce pourquoi tu as censément militer est pour toi périmé, arrête, laisse nous faire ! Laisse nous faire parce que nous on y croit.

Si vous pensez que les 35 heures ça ne sert à rien, que le RSA cultive le rien faire, que lutter contre le chômage, ça n’est plus possible, laissez nous faire ! Au moins on a des idées !

Je pense que le monde et la société se transforment plus vite que les politiques. Je pense que nous avons des dirigeants politiques congelés dans les années 80-90… et puis maintenus au frais aussi.

Et c’est un regret, un immense regret.

J’ai fait un livre pour dire que je considérais à quel point j’avais fait un pari perdu. Celui que François Hollande, tout pas écologiste qu’il soit, dans une situation aussi dramatique que celle que l’on vivait, avec le postulat que parce que les écologistes ont raison, que la croissance ne reviendra pas comme par miracle, que parce qu’on est sympa, et que par ailleurs nous devons absolument lutter contre le déréglement climatique, je pense qu’il ne serait pas convaincu mais résigné. C’est ça que je pensais, je me suis trompée. Je ne pensais pas qu’on pouvait imaginer donner comme horizon, à notre pays, la lutte infinie contre les déficits publics. Est-ce qu’il faut maintenir l’accroissement de la dette ? Non. Est-ce que c’est un objectif ? Non. Un moyen ? Peut-être.

Mais est-ce que ce qui doit primer, c’est le devoir d’investissement ? C’est une évidence.

Nous avons un devoir d’invention et d’investissement. Est-ce que cela coûtera cher d’engager la transition écologique ? Oui ! Des milliards et des milliards. Qu’est-ce qu’on fait si on ne le fait pas ? ça coûtera, beaucoup, beaucoup plus cher. Faisons le choix du très cher qui marche, plutôt que de l’ultra cher qui nous emmène dans le mur.

Sur le fond, sur cette nécessité de pensée un autre mode de développement, économe en ressources et qui permet à une autre ressource, le travail, de pouvoir se développer, qui donne un horizon positif, oui nous pouvons le faire. Mais nous avons une deuxième difficulté : c’est que la 5ème république présidentialisée sans contre-pouvoir, ça aboutit à quoi ? (…) Le Président de la République décide, choisit une ligne politique, très minoritaire qui gouverne de manière totalement décomplexée et puis ensuite, il faut s’aligner. Soit vous votez contre et vous êtes un traitre, soit vous votez contre et vous êtes résignés. Ça se résume à ce choix très douloureux auquel sont soumis les parlementaires nationaux. Et je souhaite dire à ceux qui ont refusé de se soumettre à ce chantage phénoménal, ce chantage de fait à la dissolution — chantage invraisemblablement scandaleux : si le vote de confiance existe, c’est pour dire que le Parlement doit faire confiance au gouvernement. Si le résultat d’un vote de confiance, c’est la dissolution, je propose qu’il n’y ait plus de vote de confiance. Le Président décide, l’Assemblée lève le bras.

Tout cela existe néanmoins et la question : quel est le plan B ? Faire la coalition des frustrés de ceux qui ne sont pas au gouvernement ? La petite gauche contre les gens raisonnables ? C’est ni l’un ni l’autre. Aujourd’hui il n’y a rien qui trouve crédit aux yeux des uns et des autres. L’essentiel, ce n’est pas de faire une coalition, c’est d’inventer l’avenir et de ne pas se résigner.

Ce qui est en train d’arriver dans toutes les têtes : c’est que l’alternative, c’est une femme blonde du Front National.

Les sens de mon départ, c’était de dire que non, ce n’était pas vrai : qu’il existait une alternance à une politique de résignation, de soumission à une doxa. On a sauvé les banques en 2008, sans état d’âme. Nous allons devoir sauver le climat l’année prochaine. Pensez-vous que la mobilisation est à la hauteur ? C’est de notre planète et de notre avenir qu’il s’agit.

Notre obligation, c’est d’être utile ici et maintenant.

Nous devons inventer une forme nouvelle. Une forme qui n’a pas encore existé dans la politique française. Il ne s’agit pas de créer un nouveau parti. (…)

Avant de venir, on m’a dit « ça ne sert à rien de faire un grand discours politique ici Cécile. C’est un courant, ils sont en train de préparer leur Congrès. Ils sont très sympas mais ils s’en fichent un peu ». Moi des Congrès j’en ai fait beaucoup. C’est utile sûrement, mais ça ne suffit pas. Nous avons un devoir d’invention collective qui est celui de trouver une galaxie nouvelle, une nouvelle voie de transformation sociale.

On m’a un peu provoquée parce qu’on m’a dit « Cécile, t’es sympa mais tu veux toujours que les socialistes, ils soient écologistes. Mais toi que dis-tu à notre propos ? »

Alors je vous le dis avec simplicité : si le socialisme c’est travailler sur une organisation sociale et économique qui tend vers plus de justice sociale et moins d’inégalités, alors je me sens beaucoup plus socialiste que le Premier Ministre qui a prononcé son discours de politique générale sans prononcer une fois le mot de lutte contre les inégalités. C’est ça aussi la défaite de la pensée et du combat.

Je le redis avec une infinie humilité : vous avez de grandes figures, les écologistes sont bien plus neufs. Les uns lisent des lettres, les autres convoquent Jaures pour dire qu’il aurait voté le pacte de responsabilité. Vous avez vos figures, vos chansons, vos histoires. Et elles sont belles et longues. C’est difficile de s’en défaire.

Celle des écologistes, elle est différente mais nous avons été capables d’une chose : en 2009, de réussir grâce à Daniel Cohn-Bendit le rassemblement de tous les écologistes. Nous avons refondé notre parti politique.

Il y a une autre partie à écrire : celle de ce projet de transformation sociale qui accepte l’idée de la finitude de la planète et donc de penser différemment son mode de développement.

Je voudrais que nous disions ensemble, à vos vieux camarades, à Jaures et à d’autres « Dormez en paix. Vos arrière-petit-fils et petites-filles sont encore en vie de reprendre ce flambeau des combats qui ne s’arrêtent jamais, ce combat des progressistes contre la réaction, ce combat de l’avenir contre le passé, c’est ce combat là que nous devons mener ensemble, en tous cas moi, j’y suis prête ! »