hebdo de BENOIST

Castres, ville organisatrice des championnats de France de skate-board en 2015 ?

D’abord, les faits, ubuesques, mais comme toujours révélateurs des manières de faire de la majorité municipale actuelle. Il y a une semaine, quatre jeunes sont interpelés par la police municipale à faire du skate et de la trottinette devant le théâtre de Castres. Vous l’ignoriez peut-être, mais depuis 2009, un arrêté municipal interdit la pratique de tout objet à roue ou à roulettes sur cette esplanade. C’est que, voyez-vous, cela gêne les passants. Remarquez, ils sont peu nombreux, les passants, si l’on en croit les faibles chiffres d’utilisation du parking souterrain République. Quant aux riverains, il n’y en a pour ainsi dire pas, on ne pouvait donc pas mettre en avant les nuisances sonores que peut induire la pratique du skate pour justifier une telle décision. Non, l’élément moteur de cet arrêté, c’est qu’il fallait empêcher que de telles pratiques abîment le granit et le mobilier urbain de cette place tout juste rénovée.

Si l’on en croit la presse locale, c’est le conseiller municipal délégué à la sécurité en personne qui aurait appelé les policiers municipaux, pour leur demander de verbaliser ces jeunes. Les fonctionnaires locaux ont donc traversé le jardin de l’évêché pour s’empresser de donner une amende de 11 € à chacun des contrevenants. Quitte à faire le déplacement, les fonctionnaires municipaux, sans doute échaudés par l’appel de l’élu, ont doublé leur intervention d’un contrôle d’identité des jeunes skaters. On imagine assez bien la situation : le ton monte un peu, l’un des jeunes se serait montré « arrogant », et voici nos quatre jeunes conduits en voiture dans les locaux de la police – nationale – à charge pour elle de contraindre les parents à venir chercher leur progéniture.

Comment qualifier ce fait divers ? « Disproportionné » est bien évidemment le premier terme qui vient à l’esprit. On a certes évité les menottes, la garde à vue et le signalement au procureur de la République, mais on imagine sans peine la réaction des policiers nationaux lorsqu’ils ont vu débarquer leurs collègues municipaux, ainsi que celle des parents, qui ont dû passer de l’inquiétude à la colère lorsqu’ils ont découvert le motif de l’appel. On peut aussi parler d’une histoire incompréhensible, si l’on veut se montrer indulgent, et que l’on souhaite sincèrement se demander comment on a pu en arriver là. Mais on peut aussi trouver cette histoire scandaleuse. Car elle l’est. Comme l’est la réaction du Maire, qui n’aurait « pas du tout apprécié » l’intervention des policiers municipaux :

« En ce qui concerne cet arrêté, je privilégie la prévention. A titre personnel je trouve cela lamentable. Il faut en appeler au bon sens des agents et des skateurs. S’il n’est pas souhaitable que cet arrêté soit délibérément violé, il faut adapter les choses et inciter les jeunes à aller pratiquer leur activité sur le skate-park de la Borde-Basse prévu pour cela. Et si certains font de la résistance ou se rebellent, il faut certainement verbaliser mais je n’ai pas envie de voir des jeunes déférés au commissariat pour cela. »

Cette réaction de Pascal Bugis appelle plusieurs commentaires. Depuis la publication de son arrêté, de nombreuses amendes ont été distribuées à des adolescents skaters et à leurs familles, celles de la semaine dernière sont loin d’être les premières. Si monsieur le Maire veut s’en informer, il lui suffit de consulter les archives des mains courantes de la police municipale. Pascal Bugis se montre ici, de manière étonnante, un chaud partisan de la « prévention ». On ne peut ici que lui donner raison : les adolescents sont terribles, mais il suffit de mettre un panneau « sens interdit » quelque part pour qu’ils décident, précisément, de s’y rendre. Pourtant, ce penchant soudain pour la prévention n’est manifestement pas suivi par ses services. Sans doute parce que cette poussée préventive n’est que de circonstances. Un autre élément interpelle dans sa réaction : c’est bien sûr sa manière de désavouer les agents de la police municipale, ainsi, notons-le, qu’un élu de sa propre équipe. Pour ma part, je considère que la responsabilité d’un maire, ce n’est pas de remettre en cause publiquement l’attitude de ses agents. Les sermonner dans une réunion à huis-clos pour leur « excès de zèle », c’est une chose. Qualifier dans la presse leur attitude de « lamentable » ( !), et leur reprocher leur manque de bon sens, alors qu’au départ, rappelons-le, ils n’ont fait que répondre à l’injonction de leur élu de référence, c’est quoi, à part de l’opportunisme ? Dans cette histoire, on voit bien que Pascal Bugis ne cherche qu’à fuir ses responsabilités face aux conséquences d’un arrêté qu’il a lui-même signé. Il faut dire que cela devient une habitude chez lui : quand il rompt le contrat avec la Lyonnaise des eaux et que la justice administrative condamne la ville à une amende-record de 32 millions d’euros, c’est la faute à l’opposition municipale qui ne sait pas le remercier des économies qu’il aurait fait faire à la ville. Quand le ministre des transports (socialiste) s’interroge sur la viabilité du projet d’autoroute concédée vers Toulouse, il s’en prend violemment... aux socialistes. C’est à n’y rien comprendre, sauf, encore une fois, si l’on considère simplement que le maire de Castres refuse par tous les moyens d’assumer les conséquences de ses choix politiques.

On pourrait encore se demander à quoi servent la caméra de vidéo-surveillance de la place de la République et le personnel embauché pour regarder les images, s’ils doivent être ainsi suppléés par un élu n’écoutant que son courage et son sens du devoir.

Mais au final, le plus significatif dans cette affaire, c’est bien l’idée que les skateurs ne devraient pratiquer leur activité préférée que dans le lieu prévu par la mairie pour cela, à savoir le skate-park de la Borde-Basse, à 3 km du centre-ville. Rappelons au passage que c’est déjà le cas, il suffit de passer devant pour constater. Et pour ma part, je me félicite qu’ils aient ce lieu à leur disposition. Mais dans le même temps, j’ai hâte de revoir des skateurs sur la place de la République. Pourquoi ? Parce que cela voudra dire que nous aurons changé de majorité municipale, et qu’à la place d’un centre-ville vide, sans vie, frileux, lourd de silence, nous bénéficierons désormais d’un espace de partage, où piétons, skateurs, cyclistes, riverains se retrouvent, ensemble, en bonne intelligence. Croire, comme le fait la droite, que l’on peut diriger une ville comme la nôtre sur le modèle du « chacun chez soi, et les moutons seront bien gardés » est un leurre, aux conséquences néfastes. La preuve ? Pour fuir l’arrêté municipal, où vont skater les jeunes ? Par exemple place des Boursiers. Je vous laisse imaginer les conséquences pour les riverains, en l’occurrence bien plus nombreux que les seuls locataires de l’hôtel de ville.

On n’assigne pas les adolescents à résidence. Leur donner un skate-park, ou encore leur organiser un concert de rentrée une fois par an ne répond pas à l’enjeu véritable que révèle cette triste affaire : comment vivre ensemble, au-delà des différences de sensibilités et de générations.

Que chacun en soit convaincu : la gauche castraise a décidément une lourde responsabilité, ainsi qu’une lourde tâche devant elle.