hebdo de BENOIST

Carte de vœux en main

Le hasard est parfois bien curieux. Peu avant Noël, j’ouvre ma boîte aux lettres, et découvre deux courriers. Le premier est la facture semestrielle de la Castraise de l’eau. Le second provient de la mairie. C’est la fameuse carte de vœux de Pascal Bugis, sobrement intitulée « place à l’avenir », un ingénieux système de tirette permettant de faire apparaître, sur une vue ancienne, une image du projet de rénovation de l’Albinque. L’Albinque, et l’eau : j’étais ce matin là confronté à un saisissant résumé du deuxième mandat de Pascal Bugis.

Comme vous le savez peut-être, cette carte a, depuis, fait couler un peu d’encre dans la presse locale. Le député Philippe Folliot l’a qualifiée d’ « indécente » en ces temps de crise économique. Le maire de Castres lui a reproché de brasser comme toujours beaucoup d’air, sans apporter cependant le moindre euro à la ville, depuis dix ans qu’il en est le député. Dernier exemple en date de ces polémiques classiques et stériles entre les deux hommes, dont Pascal Bugis raffole, puisqu’elles lui permettent de déplacer le débat loin des questions de fond qui seraient susceptibles de le mettre en difficultés.

Car la vraie question que pose le chantier de l’Albinque, c’est bien celle de savoir s’il incarne vraiment l’avenir de notre ville. Bien sûr, le coût de la rénovation continue à interroger : jusqu’à quel point grève-t-il encore plus des finances déjà mises à mal par la condamnation de la ville à payer 32,5 millions d’euros à la Lyonnaise ? En un sens, il faut comprendre le maire de Castres. Sans la réalisation de ce projet phare, que serait-il resté de son deuxième mandat ? Mais est-ce vraiment assurer l’avenir, que de s’endetter encore à hauteur d’au moins 8 millions d’euros, d’après les informations données par la presse ? Bien sûr, l’absence totale de transparence sur ce projet doit être de nouveau dénoncée. Pour ce dossier, comme pour tant d’autres, Pascal Bugis décide seul, et, quoi qu’il en dise, ne pratique aucune concertation digne de ce nom avec la population. Ce phénomène ne fait d’ailleurs que se renforcer, depuis que le maire a décidé de punir l’opposition pour son manque de soutien. Bien sûr, on ne peut que regretter que cette rénovation ne fasse pas appel aux ressources locales que constitue le granit du Sidobre : mais si le maire de Castres se souciait un tant soit peu de la montagne tarnaise, cela se saurait ; et, par exemple, la communauté d’agglomération qu’il préside se serait depuis longtemps tournée vers la route de Brassac, le rond-point des Fontaines ne constituant plus une forme de frontière politique... Bien sûr, on ne peut que s’incliner devant la motivation exprimée par certains commerçants du quartier, qui revendiquent leur satisfaction de voir la rénovation engagée. Auraient-ils déjà oublié le double coup de poignard dans le dos que constituent pour eux l’installation d’une grande surface route de Lautrec, et le probable déplacement du Carrefour Market sur le site de l’ancien hôpital Gabarrou ?

L’important j’y reviens, c’est de se demander en quoi la rénovation d’une place assure l’avenir d’une ville. Qu’on m’entende bien : je ne remets pas en cause a priori l’intérêt de tels travaux, je ne critique pas le souci de régler les importantes difficultés que les piétons rencontrent face à l’intense circulation automobile, je ne blâme pas le souci esthétique d’améliorer l’image de la ville. Sur ce dernier point, on peut cependant se demander de quelle image on parle. Car quand j’entends dire que cette rénovation va améliorer l’attractivité de la ville, je m’interroge : qu’est-ce qui justifie une telle affirmation ? La nouvelle place Jean Jaurès a-t-elle attiré un seul habitant, ou une seul entreprise supplémentaires à Castres ? En lançant ces travaux, Pascal Bugis se soucie-t-il vraiment de l’image de la ville, ou de la sienne ? Malheureusement, j’ai bien mon idée sur ce sujet. Car rénover des places (Jaurès, l’Albinque, Lameilhé... c’est vrai qu’il aime bien les places, notre maire), entretient une mécanique de communication désormais bien huilée. Cela permet de magnifiques publi-reportages chaque quinzaine dans le Castres magazine, avec de belles photographies sur papier glacé, sur le thème « Castres avance ». Mais encore une fois, depuis quand la rénovation d’une place fait-elle avancer une ville ? Un véritable projet d’urbanisme à l’échelle de la ville, voilà ce qui fait toujours aussi cruellement défaut à cette municipalité. On va rénover l’Albinque, et après ? Comment pense-t-on les liens entre cette nouvelle place et le centre-ville ou la zone de la faïencerie, ou même le futur « Carré Gambetta » ? Et quand va-t-on sérieusement se pencher sur la question des déplacements dans notre ville ? Car il est un projet qui permettrait de de donner une autre physionomie à notre ville, de repenser les liens entre l’ensemble des quartiers, de développer l’attractivité du centre, et de la ville dans son ensemble : limiter la place de l’automobile, pour qu’on puisse retrouver plus de calme, se promener sans risques, prendre du plaisir à fréquenter les commerces du centre, développer les activités et les animations...

Pour toutes ces raisons, le chantier de l’Albinque a tout d’une occasion manquée. Il ne porte, quoiqu’en dise la fameuse carte de vœux, aucune vision d’avenir. Celle-ci, il nous appartient de la construire. Et pour cela, au-delà des apparences parfois trompeuses, nous avons toutes les cartes en main. C’est promis, j’y reviens dès la semaine prochaine.