NUCLEAIRE

CRILAN / info 47 : EDITORIAL : En France, y a-t-il un avant et un après Fukushima ?

SOURCE : bulletin CRILAN n°47

Pour le Gouvernement et les nucléocrates qui nʼont à aucun moment pensé à abandonner le nucléaire et qui continuent de façonner
lʼopinion , à toute chose, malheur est bon ! Les retours dʼexpérience de la
catastrophe de Fukushima doivent servir,disent-ils, à rendre le nucléaire français encore plus sûr que sûr, comme aurait pu le dire
Coluche...

Donc, en ce 3 janvier 2012, lʼAutorité de Sûreté nucléaire (ASN) vient de
rendre un avis attendu et sans surprise, à propos des é v a l u a t i o n s
complémentaires de sûreté
des installations nucléaires alors même que les CLI (ici le groupe de travail interCLi Manche auquel participe le
CRILAN) travaillent encore sur la question.

Faut-il rappeler que le Gouvernement français a o b t e n u d e l ʼ U n i o n
Européenne, après le drame, que les st ress- tests ne prennent pas en compte les risques liés au nucléaire militaire et aux éventuels attentats. En conséquence, lʼASN, constituée de membres du Grand Corps des Mines,
c omme l e s d i r i g e a n t s dʼAREVA ou du CEA, qui a s s u r e l e c o n t r ô l e d u nucléaire au nom de lʼEtat propriétaire dʼinstallations très
partiellement privatisées, ne sʼest positionnée que sur les demandes gouvernementales : c a t a s t r o p h e s n a t u r e l l e s ( s é i s m e s , i n o n d a t i o n s tempêtes), pertes dʼalimentation en électricité et en eau de refroidissement ( risques dʼexplosion dʼhydrogène, notamment au contact entre la vapeur dʼeau à plus de 1000° et le gainage au zirconium
des combustibles).

Pourtant, plus petit et plus compact, un réacteur de sous-marin nucléaire est du même type, que celui dʼune centrale à eau pressurisé et ses combustibles irradiés, stockés sur la digue du Homet du port militaire de Cherbourg posent les mêmes problèmes que ceux du nucléaire civil...Et ce , sans évoquer la fabrication et lʼentreposage des charges des missiles de ces lanceurs dʼengins à Valduc, Brest etc...De timides
avancées en matière militaire auraient cependant été évoquées lors dʼune réunion de lʼANCCLI en décembre.(1)

Le rapport de lʼASN prévoit des améliorations techniques , mises en
oeuvre que très progressivement dont le coût pourrait atteindre 10
milliards dʼeuros. Quand donc les piscines de la Hague où sont entreposées
plus dʼune centaine de coeurs de réacteurs serontelles “bunkérisées” face
aux risques dʼattentats ?

Après Tchernobyl, en 1990, le chef de la sûreté à EDF, le professeur TANGUY, demandait , déjà , le remplacement de tous les
générateurs de vapeur( défaut générique). Lʼopération a été menée 22 ans plus tard...sur ...18 réacteurs. Les 40 autres sont soumis à appel
dʼoffre. Pour Flamanville, il va falloir attendre 2017 et 2018. Pourvu quʼils tiennent jusque là !

2017-2018 : cʼétait la date prévue de la fermeture des deux premiers réacteurs ( 30 ans de fonct ionnement ).

Actuel lement , EDF prévoit une prolongation de leur vie jusquʼà 60 ans, avec des risques accrus dus au vieillissement .

Quant à l ʼEPR de Flamanville , rappelons le doublement de son prix et son
retard de 4 ans. Certes, équipé dʼun radier pour récupérer le “corium” en cas dʼaccident, il reste de même conception que les réacteurs PWR en activité, avec les mêmes risques.

A l o r s n o u v e a u discours de circonstance des nucléocrates après
FUKUSHIMA ? Pouvait-il en être autrement devant la gravi té de la situation japonaise ! À nous de ne pas en être dupes...

Si LʼASN nʼexclut plus lʼaccident grave dans le nucléaire français, elle
cont inue pourtant dʼen recommander la poursuite.

Ni lʼUMP de Sarkozy, ni le PS de Hollande nʼont tiré les leçons des événements et ne sont prêts à écouter l ʼ inquiétude des populations perceptible jusque chez certains travailleurs du nucléaire.

Nous le savons : il nʼexiste pas de nucléaire sûr ! Notre mobilisation
reste plus que jamais urgente et nécessaire si lʼon veut comme dans les pays voisins sortir du nucléaire.

À toutes et à tous, une année plus radieuse et moins irradiée...

Didier Anger

1 Les installations militaires seraient apparemment tenues de faire des
ECS, mais, l’aspect secret risque d’être problématique .