COPENHAGUE

Climat, sommet de l’ONU du 7 au 18 décembre 2009

COPENHAGUE : L’appel

l’ultimatum climatique

Monsieur le Président,

Au mois de décembre de cette année se tiendra à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat.

Confrontés au péril climatique, les dirigeants du monde entier devront parvenir à surmonter leurs
divergences d’intérêts de court terme pour se rassembler autour d’un projet politique mondial fondé
sur un constat scientifique objectif et ainsi donner une suite au protocole de Kyoto qui soit à la hauteur
des enjeux que nous allons devoir tous ensemble affronter dans les décennies à venir. Le résultat de
cette conférence dessinera l’avenir climatique de l’humanité. Or comme le rappelait il y a un an le
secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, « nous sommes au bord d’une catastrophe si nous
n’agissons pas ».

Acteurs reconnus de la protection de l’environnement, des droits humains et de la solidarité
internationale, conscients des responsabilités qui sont les nôtres, nous avons décidé pour la première
fois de parler d’une seule voix pour vous exprimer publiquement notre préoccupation et vous appeler à
agir avec ambition et détermination lors de la Conférence de Copenhague.
Au regard de l’ultimatum
climatique auquel l’humanité est confrontée aujourd’hui, Monsieur le Président, vous aurez rendezvous
avec l’Histoire en décembre 2009.

Le réchauffement du système climatique est sans équivoque. L’activité humaine en est la cause. Ses
impacts se font déjà ressentir en différents points du globe, notamment par la multiplication des
catastrophes climatiques. Si nous n’agissons pas maintenant, ils seront sans aucun doute encore plus
dévastateurs. C’est le constat sans appel de 2 500 scientifiques du monde entier qui ont reçu
collectivement le Prix Nobel de la Paix en 2007 pour leurs travaux sur le phénomène des changements
climatiques. Depuis, de nouveaux éléments scientifiques montrent, chaque jour, que le climat se
dérègle au-delà des prévisions les plus pessimistes, avec des conséquences bien plus précoces que
prévues et d’ores et déjà visibles.

S’il est encore difficile d’évaluer avec précision l’amplitude des impacts, le danger est en revanche
déjà certain. Ecosystèmes ravagés, variabilité climatique extrême, hausse du niveau des océans… : les
premières victimes de ces catastrophes en chaîne sont les populations déjà vulnérables en Afrique
subsaharienne, en Asie centrale, du Sud Est ou dans de nombreux pays insulaires. La sécurité
alimentaire, l’accès à l’eau ou à la terre sont gravement menacés et des centaines de millions de
personnes risquent d’être poussées à l’exode, grossissant les rangs de ceux que l’on nomme les « 
réfugiés climatiques ». Dans un monde de crises, nous craignons que la guerre, l’autoritarisme, les
inégalités, la misère et la souffrance humaine prennent encore un peu plus le pas sur la paix, la dignité
humaine et la démocratie.

L’urgence climatique nous commande donc d’agir à la hauteur des périls qui sont devant nous. Nous
maîtrisons déjà la plupart des technologies nécessaires pour relever le défi d’un mode de
développement qui intègrerait à sa juste mesure l’impératif climatique. De plus, cette rupture avec un
modèle de développement hérité d’un passé révolu recèle des opportunités d’économies, d’emplois et
d’innovations considérables. Encore faut-il que nous prenions la décision politique de le faire.

Tout d’abord, il faut impérativement parvenir à stopper la croissance des émissions mondiales de gaz à
effet de serre d’ici à 2015 avant de les faire décroître. C’est la seule voie pour limiter le réchauffement
des températures bien en dessous de 2°C, seuil au-delà duquel la capacité à s’adapter de nos sociétés et
des écosystèmes est menacée. Pour ce faire, Les pays industrialisés, dont la France, doivent s’engager
collectivement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2020 par
rapport à 1990.

Mais cela ne sera pas suffisant. Les pays en développement doivent, eux aussi, mettre en place les
politiques industrielles, énergétiques et agricoles qui limiteront la croissance de leurs émissions avant
de les réduire, sans compromettre leur légitime aspiration au développement économique et social.
L’accord de Copenhague devra permettre à ces pays d’évoluer vers des modèles sobres en carbone. Il
devra aussi leur permettre de s’adapter aux conséquences inévitables du changement climatique.

Pour nombre d’entre eux, en particulier les plus vulnérables, ces actions ne pourront se faire sans le
soutien financier et technique des pays industrialisés. Les besoins d’ici à 2020 sont évalués à plus de
100 milliards d’euros par an. C’est moins de 10% des dépenses militaires mondiales.

Responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre aujourd’hui dans l’atmosphère,
munis de capacités d’action plus fortes, les pays industrialisés portent la responsabilité morale, légale
et économique de mener le combat contre le dérèglement du climat. Monsieur le Président, vous vous
devez de prendre la tête de ce combat qui est sans aucun doute l’enjeu de ce siècle. Notre avenir
commun dépendra dans deux cents jours des choix politiques qui seront faits.

Serge Orru, WWF-France ;
Pascal Husting, Greenpeace France ;
François Danel, Action contre la Faim ;
Olivier Braunsteffer, Care France ;
Antoine Bernard, FIDH ;
Nicolas Hulot, Fondation Nicolas Hulot ;
Anne Bringault, Les amis de la terre ;
Michel Bruguière, Médecins du Monde ;
Luc Lamprière, Oxfam France Agir Ici ;
Sandrine Mathy, Réseau Action Climat ;
Michel Roy, Secours Catholique

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