hebdo de BENOIST

Autoroute Castres-Toulouse : Habemus Borlooam

« Il y a un magicien qui s’appelle le pape » écrivait Montesquieu. « Tantôt il fait croire que trois ne font qu’un, que le pain qu’on mange n’est pas du pain, ou que le vin qu’on boit n’est pas du vin, et mille autres choses de cette espèce ». Et Coluche de renchérir : « le pape ne croit pas en Dieu ; vous avez déjà vu un prestidigitateur qui croit à la magie, vous ? ». Depuis mercredi, les catholiques du monde entier ont donc un pape argentin. Quant à nous, dans le Tarn, nous avons… Jean-Louis Borloo.

Pour celles et ceux qui se demandent où en est le projet d’autoroute concédée entre Castres et Toulouse, pour celles et ceux qui s’interrogent – avec raison - pour savoir pourquoi les autocollants « Autoroute 2013 », qui fleurissaient il y a peu encore la ville, ont progressivement disparu, il est bon de se tourner vers une personne censée ne rien ignorer de ce dossier, à savoir Jean-Louis Borloo. Lorsqu’il était ministre en charge des transports dans le gouvernement Fillon, c’est en effet lui qui avait autorisé, suite au débat public, la poursuite des études pour la mise en concession de cet itinéraire. À l’invitation du député Philippe Folliot, le président de l’UDI était en visite dans notre département au début du mois. Bien évidemment, il en a profité pour évoquer le projet d’autoroute. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que sur ce sujet (les mauvaises langues ajouteraient : comme sur beaucoup d’autres), soit le patron de l’UDI souffre d’amnésie, soit il manque absolument de ce sens de la mesure, dont il se prévaut pourtant à longueur de discours, pour justifier sa capacité supposée à faire de son parti le premier de France.

Sachez-le, Jean-Louis Borloo est en colère. La presse locale nous dit qu’il ne comprend pas pourquoi ce qu’il avait autorisé en tant que ministre des Transports il y a trois ans n’a pas plus avancé. Et ce qui le révolte le plus, c’est le manque de continuité dans les décisions de l’État. « On ne peut pas à chaque fois qu’il y a un changement démocratique tout remettre en cause » assène-t-il. Soit. Mais ce que M. Borloo omet de préciser à la tribune, c’est pourquoi l’actuelle majorité a dû, dans l’urgence, organiser une commission chargée d’évaluer l’opportunité des projets inscrits dans le Schéma National des Infrastructures de Transports, le SNIT. Prévu par la loi Grenelle 1, ce document de prospective ambitionnait de moderniser et d’entretenir les infrastructures existantes à l’horizon 2030. Tous modes de transport confondus, le SNIT tablait sur une enveloppe globale de 245 milliards d’euros. Problème : avec 2 milliards d’euros de budget pour l’AFITF (Agence de financement des infrastructures de transports de France), comment financer les 245 milliards du SNIT, de plus dans un contexte budgétaire pour le moins délicat ? Comme le disait il y a peu Gilles Savary, député PS de Gironde et membre de la commission développement durable à l’Assemblée nationale : « Il faut clarifier l’univers féérique du SNIT ». Si Jean-Louis Borloo se demande encore pourquoi la première pierre de l’autoroute Castres-Toulouse est loin, très loin d’avoir été posée, il serait bon de lui rappeler que lorsqu’on signe un chèque en bois pour financer la construction de sa maison, on ne peut s’étonner, trois ans après, que l’entreprise retenue n’ait pas commencé à creuser les fondations… Pour mémoire, en juillet 2010, les premiers mots de ma réaction à la décision prise par Jean-Louis Borloo étaient les suivants : « L’État a beau jeu d’autoriser la mise en concession d’un équipement dont il ne va financer qu’une toute petite partie ». Aujourd’hui, alors qu’arrive l’heure des choix, et que s’efface celle des promesses et des meilleures intentions, même cette « toute petite partie » risque de poser problème. Et que dire de celle qui devrait être prise en charge par les collectivités territoriales…

La commission, composée de six parlementaires et de quatre experts, chargée de dire quels projets restent inscrits au SNIT, va bientôt rendre son avis. « Les mots clés de notre mission sont élagage, hiérarchisation, planification et programmation », expliquait lors de son installation Philippe Duron, député PS, président de l’AFITF et rapporteur de cette commission. C’est elle qui nous dira si, comme l’affirmait M. Borloo lors de sa visite à Mazamet, le projet d’autoroute concédée entre Castres et Toulouse est un « bon investissement », « économiquement et socialement ». Ou s’il faut, comme nous le disons avec d’autres depuis de longs mois, revoir la copie, développer les solutions alternatives, moins coûteuses, plus efficaces, plus justes socialement, plus respectueuses de l’environnement… A cet égard, il est au moins une analyse que nous partageons avec l’ancien ministre de l’écologie : notre bassin a tout pour réussir : « les paradoxes, les richesses, la plaine, la Montagne, l’histoire et la modernité...C’est une terre extraordinaire ». Oui, c’est une terre extraordinaire, sûre et riche de ses forces. Raison de plus pour ne pas l’enfermer dans des croyances du passé.

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Commentaires

2 Messages de forum

  1. Autoroute Castres-Toulouse : Habemus Borlooam

    Salut Benoist,

    Tout le monde veut son autoroute pour se gaver et remplir son porte-monnaie et bie m... moi je LA veux pas ! ;
    Je dis non au rond-point sortie Mac Do, je dis non y’en a marre de payer tout plein pour Monsieur bagnole,
    Je dis non au moche zone commercilae, je dis Non à gros magasin cubique, je dis NOn à Madame toutéconomique capitale je fais ce que je veux, je dis non à jm’e paye une baraque dans la montagne et j’pollue avec un boulot à la con, je dis non à zone désertique de lotissement personne se connaît, non non non non non !!
    Je dis oui on nettoie ses lunettes et on regarde ce qu’il se passe autour de soi, je dis oui j’éteins mon portable et je discute avec les gens qui sont avec moi, je dis oui à la montagne je la respecte et je fais pas n’importe quoi, je dis oui à une double voie raisonnée qui dessert des villes et villages qui ont réfléchit à une nouvelle façon d’appréhendre l’habitat, le commerce, la relation aux autres, je dis oui on répartit un peu tout ça.
    J’aimerais bien avoir un autocollant : "oui pour une autre route raisonnée !"

    par M2L | 17 mars 2013, 23:33

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  2. par F... | 18 mars 2013, 14:35

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