la tribune libre

Amish, entends-tu les cris sourds du pays...

Ces temps-ci, les épithètes contre les zécolos se multiplient décidément : rigolos, fantaisistes, farfelus, complotistes, obscurantistes (JC Lagarde), sectaires, des invectives plus graves : ayatollahs verts (Dupont-Moretti), écofascistes... La dernière salve en date est signée du Président de la République lui-même qui ironise avec ses gros sabots sur le modèle amish (qui ne se sont jamais posé en modèle) et le retour de la lampe à huile. Rien que cela. Je suis en premier lieu frappé par l’indigence de la réthorique macronienne. On s’attendrait de la part du chef de l’Etat à un autre niveau d’argumentation que ces vieilles lunes, lampe à huile et marine à voile, qui remontent au moins aux années 70, quand l’écolo était une nouvelle espèce. Le Nouveau Monde qu’il prône a décidément dépassé la date-limite de consommation.
Ainsi, au nom du Progrès, serait-on prié de mettre un genou à terre et d’ôter son chapeau au passage du carrosse de la Sainte-Croissance. On est sommé de considérer que toute nouveauté est évidemment un progrès, que toute innovation technique est forcément un pas de plus vers des lendemains qui gazouillent. Et de prêter allégeance à la modernité galopante, sous peine de passer pour un moins que rien (on m’annonce qu’avec la 5G, je pourrai charger un film en une seconde. Et pour le regarder en entier, je fais quoi ?) A nous la conquête de Mars, le compteur intelligent, l’EPR à gestion maîtrisée, l’essoreuse à salade connectée et la puce greffée dans le ciboulot, cocorico.Mais regardons-y de plus près : bon nombre de municipalités ont été remportées par ces mêmes « ringards has been » qui ne comprennent rien de rien à la marche du monde. Et leur électorat avec. La crainte d’un rapprochement entre forces de gauche pour 2022 (même si rien n’est encore fait) oblige Macron à mettre les coudes sur la table. L’élection de 2022 pour le Marcheur n°1 ne se jouera certainement pas à gauche. Il n’y a pas de compte à rendre à cet électorat décidément obtus. C’est donc le moment opportun pour casser en toute finesse du sucre sur le dos de ces Verts devant un auditoire choisi et de donner des gages au patronat. Malgré la demande d’un moratoire réclamé par 70 élus de gauche et écologistes et la méfiance affirmée des citoyens. Nous ne sommes plus dans un état de droit, mais dans un état de droite. Ca, on le savait déjà. Mais avoir recours à ces pitoyables caricatures montre assez le niveau du débat avant même qu’il ne soit engagé.

G.Bastide, 15 septembre 2020

Commentaires