hebdo de BENOIST

« Allô Houston ? On a un problème... »

Chacun aura reconnu la phrase célèbre, prononcée en 1970 depuis l’espace par le commandant de la mission Apollo 13, Jim Lovell, suite à l’explosion d’un réservoir d’oxygène, alors qu’il était en route pour réaliser le troisième atterrissage lunaire des États-Unis. En France, en ce début d’automne particulièrement chaud, ce sont plutôt des : « Allô l’Élysée ? On a une multitude de problèmes » qui semblent monter de l’ensemble du territoire. Expressions de l’angoisse de très nombreux élus de droite, de plus en plus inquiets face à la succession de défaites, d’impairs, d’affaires, qui s’accumulent pour la majorité présidentielle. Il faut dire que question « loi des séries », Nicolas Sarkozy est particulièrement servi en ce moment. La liste est longue : défaite historique aux élections sénatoriales, affaire Takieddine, Bazire, Gaubert, Hortefeux (on peut aussi l’appeler affaire Karachi), accusations fracassantes de Robert Bourgi, qui semblent revenir comme un boomerang dans le jardin de celui qui les a lancées... Rageant, surtout quand on pense à tous les efforts qu’il avait fallu faire, déjà, pour étouffer l’affaire Bettencourt. Nul besoin, cependant, de faire appel à la fatalité pour expliquer une telle accumulation d’ennuis en tous genres. Ce que l’on voit se dérouler sous nos yeux n’est jamais que la conséquence logique des dérives qui auront marqué le mandat présidentiel depuis quatre ans. Pourtant, en fin cinéphile qu’il semble devenu (en plus, apprend-on d’un botaniste particulièrement remarquable), notre président aurait dû méditer cette citation de Michel Audiard dans « 100 000 dollars au soleil » : « Dans la vie, on partage toujours les emmerdes, jamais le pognon ».

Arrêtons-nous un instant sur les nombreuses affaires qui défraient actuellement la chronique. On y retrouve ce détonnant mélange du pouvoir politique et des forces de l’argent, si cruellement mis en évidence par la fameuse soirée au Fouquet’s de mai 2007. On y retrouve aussi ces récurrentes mais vaines tentatives de masquer les responsabilités : en tant que ministre du Budget du gouvernement Balladur, puis en tant qu’animateur de la campagne présidentielle de ce dernier, Nicolas Sarkozy aurait tout ignoré des conditions d’un tel contrat d’armement avec le Pakistan ? Décidément, c’est formidable, d’assumer des responsabilités dans notre pays : vous êtes au cœur des lieux de décision, mais dès que ça chauffe un peu, vous ne savez rien, vous ne voyez rien, vous n’entendez rien... De même, Nicolas Bazire, témoin de mariage du couple Sarkozy en 2008, directeur de la campagne de Balladur en 1995, n’aurait jamais été vraiment un proche du président ? Formidable, je vous dis. Mais ce qui choque encore plus dans le flot de révélations qui se déroule sous nos yeux, c’est de voir comment un ex-ministre de l’Intérieur (Hortefeux) peut informer un ami mis en examen (Gaubert) du contenu des déclarations que son épouse vient de livrer aux enquêteurs. Notons au passage comment ce dernier peut d’ailleurs répondre au téléphone alors qu’il est en garde à vue... Voir ainsi les plus proches du président fouler aux pieds, dans le même mouvement, l’indépendance de la justice, le secret de l’instruction, les règles de la garde à vue, bref, un ensemble de principes démocratiques dont Nicolas Sarkozy est sensé être le garant, nous amène loin, très loin de la « république irréprochable » dont il se voulait pourtant le promoteur. Le besoin de cette rénovation démocratique se fait pourtant chaque jour plus criant. Et chacun comprend que ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui pourra la mener.

La défaite de la droite aux élections sénatoriales est elle aussi caractéristique du sarkozysme. Elle en est même le produit direct. Dimanche soir, au-delà des analyses sur la logique de ce basculement à gauche, du fait du résultat des dernières élections locales, on a pu ainsi entendre le sénateur UMP Philippe Marini expliquer que « Nicolas Sarkozy ne connaît pas le Sénat ». À un journaliste, qui lui demandait s’il voulait dire par là que le président n’avait pas assez travaillé avec les sénateurs, Marini a répondu que non, que le problème était bien, je répète, qu’ « il ne connaît pas le Sénat » ; autrement dit, qu’il ne connaît pas les territoires dont ces élus sont l’émanation. Si on tire le fil du raisonnement du sénateur de l’Oise, on comprend que ce président de la République ne connaît pas les territoires, notamment ruraux, dont il a la charge. Cette méconnaissance s’est révélée, par exemple, dans sa volonté d’imposer les réformes de la taxe professionnelle et des collectivités territoriales, sans associer les élus locaux, qui étaient pourtant les principaux concernés. Comment expliquer une telle méconnaissance ? Elle est liée, sans doute, au parcours politique même de Nicolas Sarkozy. Lors de son élection, certains avaient remarqué qu’il était le premier président de la Ve République à n’avoir aucun ancrage local. Mitterrand avait la Nièvre, Chirac la Corrèze, et Sarkozy... Neuilly. Manifestement, ce président ne connaît pas son pays. Voilà sans doute l’un des messages que les grands électeurs qui ont basculé dans l’opposition viennent de lui adresser.

Enfin, à propos de ces élections sénatoriales, il faut ajouter qu’on ne peut que se féliciter de la victoire de la gauche, associée à la présence de dix sénateurs écologistes dans la nouvelle assemblée. Ce qui montre bien, comme l’ont rappelé Cécile Duflot ou Jean-Vincent Placé, que des accords électoraux bien pensés participent d’une dynamique électorale à même de rendre possibles les victoires futures. L’alternance va aussi permettre l’indispensable rééquilibrage des pouvoirs, et ouvre la voie à une large et tout aussi indispensable réforme des institutions.

La période est difficile aussi pour la droite locale. Le président du Conseil Général du Tarn annonce, dans sa conférence de presse de rentrée, que, concernant le projet d’autoroute entre Castres et Toulouse, on n’est, je cite, « pas sorti de l’auberge », et qu’on aurait mieux fait d’en rester au contrat de plan État-Région ? Pour une fois unis, Pascal Bugis et Philippe Folliot sont « vent debout ». Sans surprise, et sans commentaire, Bugis dénonce « ces gens du Nord » qui n’ont « rien à faire du développement du sud-Tarn ». Folliot quant à lui tape sur les Verts, qui, en 2012, « tenteront le tout pour le tout pour le gel de tous les projets autoroutiers ». Rappelons-le : si ce projet est abandonné, ce sera moins du fait de l’alternance qu’en raison des faiblesses de ce dossier, de son coût financier et écologique élevé, de sa dimension anachronique... Alors, plutôt que de commencer à désigner des boucs-émissaires, nos élus de droite devraient plutôt travailler leurs arguments, au moment où va s’ouvrir véritablement le débat sur l’opportunité de cet équipement. Serait-ce aussi la crainte de l’alternance qui pousse Philippe Folliot à faire une proposition pour le moins incongrue ? Il souhaiterait voir organiser, le jour du premier tour des élections législatives, un référendum pour exiger la constitution d’un gouvernement d’union nationale, associant des représentants de tous les partis présents à l’Assemblée. Passons sur l’argumentaire très « union sacrée » : ce gouvernement d’union nationale, pourquoi attendre la veille d’élections qui s’annoncent délicates pour le demander ? Rappelons juste à notre député qu’un nombre croissant de Françaises et de Français aspirent d’abord à chasser du pouvoir la majorité de droite sarkozyste, à laquelle il appartient. Ne lui en déplaise, il ne saurait être question, en juin prochain, de faire rentrer par la fenêtre celles et ceux qu’on aura mis dehors par la porte.

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