Edito de STEPHANE

2017, année de la surfusion ?

On ressent toujours un immense décalage suite à une distribution de tracts expliquant aux automobilistes qui passaient au rond-point de Soual, tout l’intérêt d’aménager la RN 126 actuelle. Distribuer un tract, échanger quelques mots, c’est comme une bouteille à la mer : on la lance sans vraiment savoir qui la recevra ni comment elle sera perçue. Un petit contact humain, un mot, un sourire, nous renseigne quand même sur l’état d’esprit de notre interlocuteur d’un instant et permet de mesurer, malgré tout, l’étendue d’une réflexion profonde et claire sur un sujet d’importance comme celui de l’implantation d’une autoroute concédée. C’est de là que vient le décalage, de cette impression qu’immergés dans le matraquage indécent des proautoroutes, plus personne ne pense et que tous se laissent contaminer par des évidences qui n’en sont pas, par des slogans plutôt racoleurs et souvent indignes de toute ébauche d’analyse. Il n’en est rien. Les gens que nous croisons au hasard trouvent ce projet inutile, ils n’en veulent pas, ils ne veulent pas payer et comprennent bien que ce n’est pas leur intérêt. Même certains proautoroutes ont des arguments ambigus : « moi, c’est ma société qui paiera », ou « le péage sera de 4 euros », ou « mon mari construit des autoroutes »…

Cette matinée renforce un sentiment que le monde change mais ne le dit pas. C’est tout l’inverse d’une vision révolutionnaire planifiée. Chacun, par petites touches individuelles, par petits groupes, par moments, est en train de changer d’époque, d’entrer dans une mutation profonde, sans le dire, sans se le dire (trop) explicitement. Nous pouvons le mesurer dans notre vie quotidienne, en regardant notre rapport au numérique, à l’éducation en classe ou avec nos enfants, aux déplacements, à la nourriture, à la place des animaux. Des envies collectives s’expriment, là sur Facebook ou Twitter, là dans un café. Tout bouge très vite et le discours politique reste à la traîne. Les prophètes du passé, les visionnaires du 20ème siècle ont les méthodes et les discours de leur siècle, et ne font que regarder dans le rétroviseur. Le rapport au monde, à l’Autre, aux biens communs, aux biens matériels qui deviennent aussi des communs, à l’entraide, à la coopération, les rapports entre les hommes et les femmes, le rapport à la sécurité face aux actes terroristes, l’accueil que nous réservons aux populations déplacées par la guerre, appellent de nouveaux formats d’interprétation et de compréhension. Les mots posés sur ces mutations sont balbutiants, le langage s’invente ou se réinventent, tout comme les valeurs. Il y a un état de préparation au basculement qui est amorcé et dont nous ne pouvons avoir conscience. La bascule est en quelque sorte déjà faite mais nous ne parvenons pas encore l’appréhender. La surfusion est amorcée, cet état instable de l’eau qui reste liquide sous zéro et qui n’attend qu’une perturbation pour se cristalliser. Continuons tous à surfuser, nous parviendrons bien à faire bloc pour améliorer nos existences, sur notre belle petite planète.

Bonne et heureuse année 2017.

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Commentaires

3 Messages de forum

  1. 2017, année de la surfusion ?

    Splendide ! Cette réflexion me touche profondément, je ne sais pas dire pourquoi. Parce qu’elle est douce, en finesse, et surtout si juste pour moi ? Elle est un fil à suivre, véritablement bien exprimé. Merci pour cette belle expression !

    Mais elle est aussi désespérante ! Comment mettre en place une autre façon de penser et faire de nos politiques ? Comment se débarrasser de ces gens et de ce discours effectivement dépassé, stérile, sclérosant, passéiste, qui bloque, nous bloque, empêche l’évolution que nous sentons partout, en nous et autour de nous, si peu entendue, si peu accompagnée. Comment en finir avec nos représentants, élus qui ne nous représentent pas du tout, enfermés dans des visions incompréhensibles, incohérentes, indifférentes à l’intérêt général, à notre intérêt ? Comment les remplacer par ceux qui voudraient véritablement défendre l’intérêt général, sans se laisser influencer par les lobbies et autres vautours affamés de gains destructeurs ? La démocratie ne semble pas le permettre, et la bataille contre ces élus, sur un sujet ou un autre, est épuisante. Alors ?

    Quoiqu’il en soit, je trouve ce texte superbe, splendide. Une belle réflexion qui fait du bien à lire ! Merci !

    Christine Reilhac - collectif RN126, totalement investie contre le projet autoroutier Castres - Toulouse

    par Christine Reilhac | 12 janvier 2017, 03:34

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  2. 2017, année de la surfusion ?

    Joli texte Stéphane, merci ! Il y a quelque culot à parler de "surfusion" quand on a passé la matinée à distribuer des tracts par -4°. Moi c’était plutôt sous-congélation. Mais bon, j’espère que ton concept de SURfusion va gagner en 2017. Ca vaut toujours mieux que la CON fusion d’aujourd’hui et la planète sous PERfusion, et je m’engage à sa DIFFusion. En attendant, une bonn INfusion.

    Sincères EFfusions.

    Gérard Bastide

    Voir en ligne : surfusionnons-nous

    par Bastide G. | 12 janvier 2017, 09:01

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  3. 2017, année de la surfusion ?

    Salut Stéphane ! Je suis entièrement d’accord avec la première partie de ton texte ; par contre non, je ne pense pas comme je le crois sous-entendu, que le changement de société se fera au jour le jour, petit à petit, cahin-caha. Les changements qui ont enfin eu lieu se sont faits grâce aux explications de certains partis politique dont notamment le tien et le mien ; les changements profonds et nécessaires se feront grâce aux partis politiques qui s’impliquent ou s’impliqueront dans une volonté de vraie révolution écologique et citoyenne. J’ai crû à un certain moment de ma vie que l’Être Humain était assez ’grand’ pour se respecter et respecter les autres, je me suis trompé. L’Être Humain a besoin d’explications sans arrêt répétées, démontrées et re-démontrées. C’est dommage mais c’est ainsi. Les partis politiques jouent ce rôle. Hélas. Ce serait si bien autrement....
    Je ne serai pas présent ce jour-là, Je serai dans une région où l’autoroute passe à plusieurs kilomètres mais où les éoliennes défigurent les paysages !............................................ sourire.

    par Giggi | 12 janvier 2017, 14:40

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